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1. L’abstention exceptionnelle relativise toute analyse des rapports des forces. En dehors d’Europe-Écologie (+ 250 000), toutes les forces politiques ont perdu des voix sur les élections précédentes de 2004. Que telle ou telle soit parvenue à enrayer plus que d’autres la défection de son espace électoral n’est certes pas sans signification. Mais, moins que jamais, le scrutin n’a de valeur prédictive pour les scrutins à venir, et notamment les élections à participation plus dense, comme la présidentielle.

Année

Abstention
1er tour

Abstention
2e tour

1979

34,6

34,6

1985

33,3

33,8

1992

29,3

38,1

1998

39,6

45,0

2004

36,1

33,5

2011

55,7

55,4

 

2. Dans ce contexte de crise de légitimité de l’institution et du vote, l’évolution des rapports des forces est rassemblée dans le tableau ci-dessous. Au total, les déplacements globaux sont modestes. Ils sont faibles à gauche (malgré le doublement du score des Verts) ; ils sont plus importants à droite, où la percée du vote frontiste perturbe un peu plus encore l’hégémonie de l’UMP. En tout cas, l’affaiblissement cantonal continu de la droite a permis à la gauche, pour la première fois depuis trente ans, de repasser devant elle et d’inverser le rapport des forces de 2004 (49,5 % contre 48,2 %), mais sans qu’elle retrouve les hauts niveaux des années soixante et soixante-dix (56 % en 1979).

 

% exprimés

1985

1992

1998

2004

2011

Ext Gauche

0,6

0,9

0,6

3,0

0,6

PCF

12,5

9,5

10,1

7,6

7,9

PS

26,4

19,0

23,7

27,9

24,9

Radicaux de gauche

0,9

1,1

1,5

Divers Gauche [1]

1,8

4,1

5,9

5,5

6,4

Verts

0,8

10,0

4,1

4,1

8,2

Centre- UDF

34,7

14,8

13,4

25,8

4,4

Gaullistes- RPR

14,6

13,7

17,0

Divers Droite

14,4

13,5

13,1

11,4

11,6

FN

8,8

12,3

13,7

12,5

15,2

Divers

0,2

0,6

1,8

2,3

Total PC
+ ext. gauche

13,2

10,3

10,7

10,6

8,5

PS + RDG

26,4

19,9

24,8

27,9

26,4

Total GAUCHE

42,1

44,3

45,4

48,5

49,5

Total DROITE

57,9

55,2

53,9

49,7

48,2

Sièges

1985

1992

1998

2004

2011

Ext Gauche

2

8

4

PC

149

108

136

108

116

PS

424

309

646

834

820

Radicaux de gauche

17

33

36

44

51

Divers Gauche [2]

95

151

200

199

Verts

3

3

12

27

Centre- UDF

525

497

330

68

74

Gaullistes- RPR

400

467

303

468

431

Divers Droite

430

341

265

264

FN

1

3

4

2

Divers

9

37

41

Total PC + ext. gauche

149

110

144

112

116

PS + RDG

441

342

682

878

871

Total GAUCHE

590

547

977

1190

1213

Total DROITE

925

1395

977

805

771

 

3. Le résultat est en demi-teinte pour le PS. Alors qu’il avait sensiblement progressé entre 1998 et 2004, en voix (+ 4,1 %) et en sièges (+ 188), il perd 3 % et 14 sièges en 2011, au détriment du PC et d’Europe-Écologie. En région parisienne, il ne réussit pas, une fois de plus, à éradiquer la petite couronne « rouge » malgré son alliance avec EE-LV. Il n’en reste pas moins qu’il reste la force centrale à gauche, alors que le magistère de l’UMP est sérieusement mis à mal à droite. Les Verts réalisent une bonne opération en gagnant 250 000 voix sur 2004 et en doublant leur pourcentage par rapport aux exprimés (de 4,1 % à 8,2 %) et leur représentation en sièges. Leur moindre implantation territoriale continue de les désavantager en scrutin cantonal par rapport à la gauche plus traditionnelle. Plus désappointant pour eux, ils n’ont pas réussi leur installation en Région parisienne, où ils pensaient écorner le capital du PC dans la petite couronne. En cela, se trouve interrompue la série qui, de Bègles (Noël Mamère en 1989) à Pantin (2001), avait vu les Verts participer à la mise à l’écart de vieilles municipalités communistes. La gauche de gauche dans son ensemble ne sort pas confortée du scrutin. Si le Front de gauche peut être satisfait de faire mieux que le PC de 2004 (cf. ci-dessous), sa progression ne compense pas le recul de l’extrême gauche qui a « zappé » cette consultation. Alors que l’extrême gauche avait fait une petite percée en 2004 (3 %), elle se retrouve dans ses basses eaux cantonales (0,6 %). Le total du PC, du PG et de l’extrême-gauche est donc passé, pour la première fois sur ce type de scrutin, au-dessous de la barre des 10 % des suffrages exprimés.

 

4. Le PCF peut souffler. À l’exception de 1998, où il avait été porté par la concomitance des cantonales avec des élections régionales fastes pour la gauche, il a reculé de façon continue depuis 1973 dans cette série de cantons (voir tableau ci-dessus). Cette fois, il progresse légèrement en pourcentages d’exprimés (+ 0,3 %) et en sièges (+ 8). Au final, l’option du « Front de Gauche » choisie par lui se sera révélée positive. Le Front dans son ensemble progresse de 1.3 % et de 13 sièges sur le résultat communiste de 2004. Par ailleurs, en faisant pression sur le ministère de l’Intérieur pour que l’on comptabilise à part les résultats du PC et ceux du PG de Jean-Luc Mélenchon, les communistes étalent au grand jour la place prépondérante qu’ils occupent dans l’alliance esquissée en 2009 (il est vrai que 84 % des candidats du Front de Gauche étaient membres du PCF). Manœuvre à double tranchant : le PC valorise son apport, mais relativise cruellement ses alliés du Front de Gauche, réduits aux yeux de tous à la portion congrue. Davantage encore qu’aux municipales de 2008, le PCF a donc montré qu’il conservait une implantation locale géographiquement inégale, mais au total non négligeable. Sa résistance, amplifiée par la petite dynamique du Front de Gauche, témoigne de ce que l’espace politique français, dans une phase d’incertitude, n’est pas disposé à tourner le dos à cette vieille tradition contestataire et plébéienne qui fit les beaux jours du communisme politique en général et du communisme municipal en particulier. La bonne tenue de la « banlieue rouge » est en cela un signe intéressant de la possibilité d’envisager un autre avenir à la ville moderne que celui des « bonnes gouvernances » alignées sur les standards de rentabilisation inégalitaire des territoires. Les gains communistes dans le Val-de-Marne et la Seine-Saint-Denis suggèrent ainsi que la messe du « Grand Paris » sarkozyen n’est sans doute pas dite.

 

5. Une première analyse des résultats cantonaux permet de nuancer, sans les infirmer, les données nationales évoquées ci-dessus. Cinq tableaux sont présentés en annexe. Les deux premiers sont des synthèses régionales. On y trouve les résultats régionaux du PC de 1985 à 2011, auxquels s’ajoutent les résultats du PG en 2011. Les quatre dernières colonnes indiquent l’évolution entre 2004 et 2011 : les deux premières mesurent l’évolution des scores des candidats communistes (PC), les deux autres celle du Front de Gauche dans son ensemble, incluant les voix du Parti de Gauche (PG) ; la différence est en chiffres absolus, l’indice tient compte du score initial (un indice 120 indique que le pourcentage a augmenté de 20 % de sa valeur de départ ; un indice 80 indique qu’il a diminué de 20 % de sa valeur de départ). Plus un indice est élevé, plus la progression relative est forte. Les deux tableaux régionaux classent les régions, l’un à partir de l’évolution indiciaire du PCF, l’autre à partir de celle du Front de gauche. Les trois autres tableaux s’attachent aux évolutions départementales. Ils présentent trois hiérarchies départementales (les 10 premiers et les 10 derniers départements) : le premier classe les départements selon l’importance du vote communiste en 2004 ; le second selon l’évolution indiciaire du PCF en 2011 (les plus fortes et les moins fortes progressions) ; le troisième selon l’évolution indiciaire du Front de Gauche.

 

6. Si l’on suit les données officielles publiées au lendemain du scrutin, le PCF se présentait dans 1 300 cantons environ contre 1 563 en 2004. Dans les cantons où il était présent en 2004, le PC avait obtenu 8,7 % ; sur le total des cantons où il est présent en 2011, il obtient 9,8 %. Dans 1 259 cantons, il est possible de mesurer l’évolution en 6 ans : on y trouve en effet des candidats étiquetés communistes aussi bien en 2011 qu’en 2004. Dans ces cantons, le PCF est passé de 9,4 % en 2004 à 10,4 % en 2011, soit un gain de 1 %. Dans cet ensemble, il progresse plus que la moyenne dans 715 cantons ; dans 544 cantons, au contraire, il est en baisse par rapport à 2004. Les totalisations départementales donnent des indications intéressantes, et notamment en tenant compte à la fois des résultats du PCF et de ceux du Parti de Gauche. Les candidats communistes du Front de Gauche progressent sur le résultat PC de 2004 dans 49 départements ; ils régressent dans 46 autres départements. Dans 7 départements, les communistes voient leur pourcentage augmenter de plus de la moitié ; dans cette série, le seul département d’influence communiste importante est le Puy-de-Dôme. Sur l’ensemble des 49 départements où le PCF est en progrès sur ses scores de 2004, seuls 10 lui donnaient plus de 10 % à cette date. Les fortes progressions s’observent surtout dans des zones de faible implantation : sur les 27 départements où le PC était au-dessus de la barre des 10 % en 2004, les 2/3 stagnent ou régressent ; au contraire, sur les 27 départements où il avait moins de 5 % en 2004, 15 sont en progrès depuis cette date.

 

7. La prise en considération du total départemental du Front de Gauche accentue le phénomène. Dans huit départements, le Front de Gauche double ou fait plus que doubler le score du PC en 2004, notamment dans le Puy-de-Dôme ; dans 10 autres, il le fait progresser de plus de la moitié. Dans ces 18 départements, seuls le Puy-de-Dôme et la Charente donnaient plus de 5 %. En sens inverse, le FDG est au-dessous du score communiste de 2004 dans 25 départements, dont 10 avaient un score communiste qui dépassait les 10 %. Pour une bonne part, ces résultats différenciés traduisent des rapports différents à la démarche de rassemblement initiée sous l’étiquette de Front de Gauche. Dans certains cas, le label n’était guère plus qu’une manière d’éviter l’image d’un parti replié sur lui-même, le Front n’étant qu’une manière d’habiller la candidature communiste traditionnelle (pratique au demeurant encouragée par la prépondérance écrasante des candidatures de membres du PCF). Dans d’autres cas, au contraire, la dynamique de rassemblement a joué à plein, les trois composantes agissant de concert, parfois avec des essais de mobilisation citoyenne plus large. Dans une vingtaine de cas, enfin (Haute-Vienne, Alpes…), le Front de Gauche a même su dépasser son propre périmètre, jusqu’à associer localement le NPA et la Fédération pour une Alternative Écologique et Sociale (FASE). Dans le cas de la Haute-Vienne, l’ouverture est allé jusqu’au glissement sémantique (« Terre de gauche »). Au final, la hiérarchie du vote PCF n’a pas été bouleversée, mais elle s’est resserrée à son sommet et élargie à sa base. En 2004, 27 départements étaient au-dessus de 10 % ; ils ne sont plus que 21 en 2011. En 2004, 27 départements étaient au-dessous de 5 % ; ils sont 31 en 2011. Tout en haut, le Val-de-Marne est désormais le premier département, devant l’Allier, le Cher, les Hautes-Pyrénées et la Meurthe-et-Moselle. Le Val-de-Marne, en outre, a creusé l’écart avec la Seine-Saint-Denis : en 2004, le pourcentage de voix communistes des deux départements était respectivement de 15,8 % et 13,5 % ; en 2011, il est de 19,6 % et 14,3 %.

 

8. Globalement, le Front de Gauche a permis au PCF d’atténuer sa marginalisation dans quelques territoires de faible implantation, enrayant parfois le processus de marginalisation locale qui, depuis les années 1980, redonne à l’espace électoral du communisme français l’aspect d’un archipel [3]. En revanche, dans des zones d’implantation plus dense, la dynamique du front de Gauche a certes permis au PCF de réaliser de bonnes opérations en termes de sièges, dans le Nord, le Massif central et en Région parisienne. Mais le phénomène n’a pas joué massivement : les « bastions » d’hier sont loin d’avoir retrouvé leur dynamisme ancien. Si le Val-de-Marne, la Haute-Vienne ou les Hautes-Pyrénées profitent sensiblement de l’effet « Front de Gauche », c’est un peu moins le cas dans les Bouches-du-Rhône, la Seine-Saint-Denis, la Seine-Maritime ou le Nord ; ce n’est pas le cas dans le Vaucluse, la Somme, le Var ou la Corse. La dynamique d’élargissement a joué pleinement en Auvergne, dans le Limousin, en Midi-Pyrénées et en Ile-de-France ; elle a moins fonctionné dans le Languedoc-Roussillon, dans le Nord-Pas-de-Calais ou en Haute-Normandie ; elle n’a pas enrayé le recul en PACA, en Picardie ou en Corse.

 

9. Au total, les cantonales de 2011 auront délivré bien des messages préoccupants, au-delà même de la catastrophique mais fort explicable abstention. Alors que les études d’opinion révèlent un tassement certain des marqueurs symboliques « libéraux » (recul des valeurs associées au capitalisme, à la concurrence et à la privatisation) et un recul des valeurs xénophobes et sécuritaires, les indicateurs proprement politiques sont plus ambigus. Les difficultés du sarkozysme ont accentué la radicalisation de la droite, en élargissant et en banalisant l’expansion d’un Front national qui vise désormais son insertion dans le panorama de la droite, comme la pointe extrême de la droite davantage que comme une extrême-droite. Quant à la gauche, si elle progresse, ce n’est pas sur la base d’une radicalisation à gauche : si l’espace électoral du socialisme a été grignoté, c’est moins par la percée de son flanc gauche que par celle d’une écologie politique pour l’instant passablement recentrée. Autour des cantonales, la pression du phénomène Marine Le Pen et l’hypothèse plausible d’une présence du Front national au second tour vont-ils raviver la tentation des rassemblements vers le centre ? Le « Front républicain » du second tour n’a pas fait aux cantonales la preuve de son dynamisme électoral. Mais, en cas de radicalisation prolongée à droite, la propension au vote utile risque d’être forte à gauche. Jusqu’à quel point ?

 

http://www.regards.fr/politique/elections-cantonales-ce-que-disent

 
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Et maintenant, portons nos aspirations au Conseil Général !

 

Un « Front de Gauche » en voie de renouvellement - Il a besoin pour avancer encore de s’élargir, de promouvoir sa propre organisation et ainsi d’aller au-delà du simple cartel de partis-, associé souvent lors de cette élection à d’autres forces politiques comme le NPA,  le M’PEP ou la Fédération (FASE), ou ouvert à des associations citoyennes (AGB Autre Gauche en Bourgogne, Limousin Terre de Gauche…) obtient au niveau national 8.92% des voix.

A Nanterre, nos candidats, soutenus par des personnalités, des responsables d’association, de nombreux citoyens et citoyennes, par le front de gauche et par Gauche Citoyenne, inscrits dans la continuité du travail mené par le maire, Patrick Jarry, et la députée, Jacqueline Fraysse, sont élus après avoir été placés largement en tête au premier tour : dans le canton sud est,  Nadine Garcia, avec son suppléant Mohamed Allal, maintient ses positions (36,4% contre 36,8% en 2004) ; dans le canton sud-ouest, Marie-Claude Garel et Samir Abdelouahed, tous deux membres de Gauche Citoyenne, progressent de 5% (30,6% contre 25,1% en 2004) alors qu’ils étaient en compétition avec les leaders locaux de l’UMP et du MODEM et plusieurs maires adjoints ; la gauche dans son ensemble progresse. En leur accordant au second tour 74,3% des voix, Nanterre rassemblé inflige une lourde défaite au Front National.

Mais par delà ces bons résultats, retenons surtout ces enseignements.

-         la déroute de l’UMP qui totalise à peine 11,37% des votants : c’est la défaite du Président Sarkozy et de son gouvernement et ce n’est que justice : deux ans après la crise, les banques qui ont bénéficié des subventions de L’Etat, renouent avec les profits  alors que les salariés continuent de trinquer et voient leur retraite remise en cause.

-         le taux d’abstention record : deux tiers des inscrits ne sont pas allés voter.

-         Le score inquiétant du Front National  qui surfe sur le légitime mécontentement et trompe les électeurs alors que l’extrême droite n’a jamais nulle part apporté de solutions concrètes aux problèmes des gens.

Ce deux dernières tendances renforcent  Gauche Citoyenne dans la nécessité de redonner confiance et perspective,  de développer la démocratie et l’intervention citoyenne, dans son pluralisme et sa diversité, de renouveler les formes de participation. Il faut de nouveaux espaces, dynamiques et efficaces, réactifs, d’élaboration, de construction, de militantisme politique. C’est l’objet de la démarche « les quartiers populaires et la politique » que nous menons depuis plusieurs mois, qui a apporté dans la campagne électorale et que nous allons continuer d’amplifier avec et après notre rendez vous du 30 avril, pour favoriser l’investissement de chacun.

 
Plus de 200 citoyens le 4 mars avec Marie-Claude et Nadine PDF Imprimer Envoyer

 

Plus de 200 nanterriennes et nanteriens, dans la diversité, pour soutenir Marie-Claude GAREL et Nadine GARCIA... des responsables associatifs, des personnalités, des citoyennes et des citoyens, dans le pluralisme et la diversité. Une soirée pleine d'enthousiasme pour donner un carton rouge à Sarkozy, défendre Nanterre et proposer et mettre en oeuvre des orientations nouvelles pour le département. Gauche Citoyenne en était...

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D’autres politiques départementales

sont possibles : quelques pistes de travail

 

Une exigence transverse : concevoir le Département non comme un simple guichet de prestations mais comme un acteur politique, favorisant les processus porteurs de sens, confortant les exigences d’émancipation, renforçant la capacité des acteurs locaux et des habitants à agir et à décider.

 

Tout un volet d’une action départementale de la gauche d’alternative devrait concerner le soutien aux associations et contre-pouvoirs locaux, soit dans le cadre des politiques menées par domaines, soit au titre en faveur de la citoyenneté.

 

Les Départements peuvent développer des actions publiques fortes et utiles qui tournent le dos aux politiques libérales. Pistes par domaines, exemples de mesures concrètes et, cerise sur le gâteau, estimations des coûts.

 

La campagne des élections cantonales est engagée en vue du scrutin des 20 et 27 mars. De nombreuses propositions peuvent être mises en débat par les candidats de la gauche d’alternative. Pas seulement sur le volet de positions symboliques de résistance aux politiques libérales de l’Etat et de l’Union européenne : des propositions socialement utiles et efficaces, à porter contre la tentation de se conformer à la perspective d’assèchement des finances publiques locales. Une exigence transverse : concevoir le Département non comme un simple guichet de prestations mais comme un acteur politique, favorisant les processus porteurs de sens, confortant les exigences d’émancipation, renforçant la capacité des acteurs locaux et des habitants à agir et à décider, en sachant les limites d’une intervention institutionnelle ayant ces objectifs.

 

Bien sûr, chaque département est différent : les réalités de la Creuse et celle du Val-de-Marne ne sont pas les mêmes. Pourtant, tous les Conseils généraux peuvent mettre en œuvre des politiques innovantes, tant dans leurs champs de compétences obligatoires qu’au titre de la clause de compétence générale (que le pouvoir central combat sur tous les fronts, notamment par la mise en cause de toutes les possibilités de trouver des recettes pour développer l’action publique).

 

La majorité des mesures proposées relèvent de politiques où interviennent des partenaires, institutionnels ou non, dont l’avis détermine en partie au moins les possibilités de réalisation.

 

Accueil de la petite enfance

Les crèches sont en général du ressort des Communes, mais les Départements n’en peuvent pas moins développer des prestations d’aide aux familles pour la prise en charge des frais de garde chez les assistants maternels, en complément des aides des Caisses d’allocation familiale. Ils peuvent aussi favoriser le développement du multi-accueil et d’offres diversifiées correspondant aux besoins des familles. Là où existent encore des crèches départementales, ils devraient avoir une action volontariste pour l’accueil des enfants handicapés, favoriser les actions éducatives, mais aussi encourager la participation des parents à la vie des crèches (y compris sur le volet des orientations éducatives). Enfin, les Départements ont la responsabilité de l’agrément et de la formation des assistants maternels : dans ce domaine, il s’agit de mobiliser des moyens suffisants pour des dispositifs de qualité.

 

Protection maternelle et infantile

Domaine phare de compétence des Départements, le champ de la PMI est aujourd’hui maltraité, avec un tissu de centres de PMI fatigué et des professionnels qui subissent les conséquences de la fragilisation de l’offre de soins (nombreuses fermetures de maternité, manque de pédiatres, territoires où l’offre de médecins généralistes est gravement insuffisante…). Relancer les politiques de protection maternelle et infantile, mais aussi de planification familiale, ce qui passe notamment par le recrutement de professionnels, est un enjeu de société majeur pour le bon déroulement de la grossesse, la qualité de la relation de la mère à l’enfant, le développement du jeune enfant, l’épanouissement de la sexualité, la maîtrise de la fécondité, la prévention des infections sexuellement transmissibles, l’accompagnement à la parentalité. De plus, si la prévention sanitaire a été en partie recentralisée, il est possible de conventionner avec l’Etat pour des actions plus volontaristes financées par lui.

 

Prévention

En lien avec leurs compétences obligatoires, et au-delà de la prévention sanitaire, le Département peut être un acteur majeur de la prévention en direction du grand public, notamment des jeunes. Certains Départements ont mis en place, par exemple, des actions solides de prévention des conduites à risques, qui s’adressent aux jeunes de 15 à 25 ans en particulier.

 

Aide sociale à l’enfance

Compétence majeure des Départements, l’aide sociale à l’enfance comporte en particulier la prise en charge des enfants en danger, les politiques de prévention des difficultés des familles et des enfants, ainsi que le dispositif de signalement des enfants en danger. La difficulté actuelle est que les dispositifs et les professionnels sont submergés par les situations d’urgence, là où il faudrait mobiliser des moyens importants en prévention primaire. Réaffirmer la priorité à la prévention, par rapport à la réparation, constitue une orientation fondamentale.

 

Personnes âgées, personnes handicapées

Au moins cinq grands enjeux communs aux actions en direction des personnes âgées et aux personnes handicapées doivent être soulignés :

-         l’enjeu de la qualité des établissements, domaine de co-responsabilité avec les Agences régionales de santé dans lequel les Départements sont peu nombreux à avoir des politiques ambitieuses. Cela inclut le développement de structures d’accueil de jour, de lieux adaptés aux personnes ayant la maladie d’Alzheimer… ;

-         l’enjeu du soutien aux aidants, familiaux et professionnels ;

-         l’enjeu de la prévention et de la lutte contre la maltraitance ; 

-         l’enjeu d’un développement très important des services d’aide à la personne,  tout en combattant l’actuelle dérive mercantile de ce secteur ;  

-         l’enjeu des parcours de vie pour les personnes, contre le saucissonnage des problématiques et des prestations.  

Concernant spécifiquement les personnes âgées. Si les Départements sont pour le public âgé un délivreur de prestations, comme l’allocation personnalisée d’autonomie (APA) et l’aide sociale à l’hébergement (ASH), ils ont aussi désormais en charge la coordination gérontologique.

Concernant spécifiquement les personnes handicapées. Au travers des Maisons départementales pour les personnes handicapées (MDPH) et des services départementaux dédiés aux personnes handicapées, le Département a un rôle clef pour délivrer les prestations de compensation de la perte d’autonomie, dont la prestation de compensation du handicap (PCH) actuellement en pleine montée en charge. Au-delà de ce rôle important de guichet d’aides financières, il peut favoriser la mobilisation des familles et des acteurs en faveur des personnes handicapées. 

 

Lutte contre toutes les discriminations

Dans les domaines que ses élus considèrent comme importants, le Conseil général peut décider d’actions volontaristes. Peu nombreux sont ceux qui jusqu’à présent se sont investis dans la prévention et la lutte contre toutes les discriminations, alors que les portes d’entrée pour les constater et faire levier contre elles, notamment par l’accès aux droits fondamentaux, sont nombreuses (crèches, collèges, PMI, service social…). Tous les services du Département en contact avec des usagers peuvent être impliqués dans une telle action.

 

Egalité Femmes – Hommes

Face aux violences envers les femmes, les Départements ont un rôle clef à jouer au travers notamment des activités de la protection maternelle et infantile et du service social. Là aussi, tous les services du Département en contact avec des usagers peuvent être impliqués.

 

Insertion

En charge de la gestion du revenu de solidarité active (RSA, qui a remplacé le RMI), les Départements ont aussi la responsabilité des politiques d’insertion sociale, tandis que Pôle emploi a en charge l’insertion professionnelle (domaine que bien des Départements ont aussi investi). La période actuelle de restriction budgétaire conduit certains Départements à réduire leurs actions en matière d’insertion sociale, et parfois à privilégier le maintien de leurs actions d’insertion professionnelle au détriment de l’insertion sociale. Cette orientation conduit à aider les personnes les plus proches de l’emploi tandis que les personnes qui en sont plus éloignées sont appelées à être destinataires des secours exceptionnels ou d’aides sociales, sans ambition d’insertion. Dans ce domaine, un enjeu clef est l’égalité de traitement des personnes, quels que soient leurs parcours et situations.

 

Habitat

Les Départements ont en charge le Fonds de solidarité logement (FSL), mais la compétence de l’habitat relève pour l’essentiel des Communes (et regroupements de Communes). Cependant, des Conseils généraux développent des politiques volontaristes d’aide à la construction de logements sociaux et de soutiens à l’accès au logement de certains publics (jeunes, handicapés, femmes seules…). Il est aussi possible d’aider les bailleurs sociaux en finançant des postes d’assistants sociaux pour intervenir en amont des procédures d’expulsion. Enfin, les Départements ont une responsabilité importante pour l’élaboration et la mise en œuvre de schémas d’accueil des gens du voyage, domaine que beaucoup sont jusqu’à présents réticents à investir (sans parler des refus de nombreuses Communes).

 

Restauration et gratuité scolaire

Outre la gestion des bâtiments et des personnels techniques des collèges, les Départements ont en charge - entre autres - la restauration scolaire des collégiens. C’est une porte d’entrée majeure pour des actions éducatives et préventives. Il existe aussi un enjeu fort pour contribuer à combattre les inégalités entre les classes sociales par des mesures en faveur de la gratuité scolaire (équipement des élèves).

 

Culture, sports, loisirs

La plupart des Conseils généraux mènent des politiques culturelles, sportives et de loisirs. C’est la nature des projets soutenus qui diffère d’un département à l’autre : politiques plus ou moins élitistes tant du point de vue de l’offre que des publics, ou au contraire politiques visant l’accès de tous à des dispositifs et une offre ambitieux ; ouverture à la diversité des cultures actuelles ; variété des dispositifs ; lien avec les publics scolaires… Les Départements peuvent aussi contribuer à fédérer les acteurs culturels et sportifs.

 

Voirie

Le rôle des Départements en matière de voirie a été conforté par la récente vague de décentralisation, avec le transfert de nombreuses routes nationales jusqu’à présents gérées – et souvent laissées mal entretenues - par l’Etat. Dans ce domaine, de nombreuses initiatives peuvent être prise, en lien avec les exigences de développement durable, de sécurité routière ou encore d’aménagement du territoire. Cependant, les coûts des projets de modernisation ou de requalification de la voirie sont considérables. 

 

Aménagement et cadre de vie

Les Départements ne sont pas en première ligne sur les questions d’aménagement mais ils peuvent être des acteurs importants de toutes les concertations et des projets d’aménagement d’intérêt départemental.

Espaces verts et biodiversité

Certains Départements gèrent en direct ou contribuent au financement d’espaces verts. Tous  peuvent soutenir les acteurs de la préservation de la biodiversité et les défenseurs de la nature.  

Coopération internationale

Domaine dédié à la communication et aux voyages des élus ou champ d’expression de la solidarité entre les peuples, la coopération internationale est constamment prise entre deux feux. Pour les candidats de la gauche alternative, la coopération internationale doit être respectueuse des cultures des peuples, être centrée sur des échanges mutuellement avantageux, prendre pleinement en compte les exigences du développement durable (de la préservation de la planète au combat contre les inégalités).

A côté des autres domaines où les Conseillers généraux peuvent décider de politiques relevant selon eux de l’intérêt de la population (patrimoine culturel, citoyenneté, développement économique, politique de la ville, action foncière, technologies de l’information et de la communication…) et de la mise en oeuvre des compétences obligatoires des Départements, tout un volet d’une action départementale de la gauche d’alternative devrait concerner le soutien aux associations et contre-pouvoirs locaux, soit dans le cadre des politiques menées par domaines, soit au titre du soutien à la citoyenneté. Au-delà de dispositifs participatifs qui sont souvent de simples dispositifs de communication institutionnelle…

Le coût d’une politique publique

L’estimation du coût d’une politique publique, départementale par exemple, est difficile. Du côté des dépenses, elle combine les dépenses directes (sommes affectés directement à une prestation, une opération, un dispositif), les coûts de personnel et les coûts indirects (logistique, bâtiment, système d’information, communication…). Mais des recettes peuvent venir en atténuation de ces coûts, en provenance de l’Etat (dans le cadre de compensations spécifiques ou de dotations généralistes), d’autres collectivités locales, de l’Union européenne, d’autres organismes, voire des personnes bénéficiaires de l’action (crèches, personnes âgées…).

Une politique publique est généralement conçue dans une logique pluriannuelle. Elle suppose souvent, au moins au départ, une dépense d’investissement (pour aménager un lieu d’accueil, par exemple), puis des postes consacrés à l’accueil du public et-ou à la gestion (le coût d’1 poste de catégorie A peut être estimé à 60 000 euros ; celui d’1 poste de B : 42 000 euros ; celui d’1 poste de C : 38 000 euros) et une dépense récurrente de fonctionnement (pour faire tourner le lieu d’accueil).

 
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garcia
 
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