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Si l’on se penche plus précisément sur le taux d’abstention à Nanterre, on constate des disparités importantes entre les bureaux de vote.


Les écarts peuvent monter à près de 20 points entre les bureaux de vote où la participation est forte et ceux où la participation est faible. Ces différences ont par ailleurs tendance à se répéter d’une élection à l’autre dans la mesure où ils reflètent des différences dans la composition sociologique du corps électoral selon les quartiers.


On constate que certains quartiers sont particulièrement touchés par l’abstention :

- Petit Nanterre ; dans tous les bureaux de vote et à chacune des élections considérées, la participation est au moins de 5 points inférieure à la moyenne de Nanterre
- Université
- Parc Sud
- République
- Chemin de l’Ile

D’autres quartiers sont caractérisés par une participation importante :

- Centre
- Vieux Pont
- Plateau Mont Valérien

 

 

La situation est plus contrastée en ce qui concerne le quartier du Parc Nord. Il présente en effet la particularité de comprendre des bureaux de vote où la participation est très faible et d’autres où elle est très forte.

 

Ces chiffres sont d’autant plus remarquables que la participation est évaluée en calculant le pourcentage de votants par rapport au nombre d’électeurs inscrits, or dans les quartiers où l’abstention est importante, on constate généralement un effet cumulatif avec un phénomène de sous inscription qui touche plus spécifiquement les populations jeunes. Il est probable que si la participation était mesurée non pas par rapport au nombre d’inscrits mais par rapport au nombre d’habitants en âge de voter, les contrastes entre les quartiers serait encore plus saisissant.

 

et pourtant, la Gauche  Citoyenne est l’affaire de tout le monde.

 

Toutes les études sociologiques électorales montrent une corrélation forte entre l’appartenance à une catégorie sociale déterminée et un comportement électoral comme l’abstention. De manière très grossière, on constate généralement que l’abstention croît en fonction de la pauvreté. Cependant, ce critère de la pauvreté n’explique pas grand-chose en lui-même. Ce sont en fait tout un ensemble de déterminants liés entre eux et à la pauvreté qui permettent de comprendre le choix de voter ou non.

Les caractéristiques individuelles les plus déterminantes du comportement électoral sont : le parcours scolaire, la situation professionnelle, c'est-à-dire le métier, mais aussi le statut (précaire ou stable, subordonné ou non), le revenu, l’âge et le genre.
L’abstention est en général plus forte chez les femmes que chez les hommes, chez les ouvriers et les employés, plutôt que chez les cadres, chez les chômeurs plutôt que chez ceux qui disposent d’un travail stable, chez les jeunes plutôt que chez les personnes âgées, chez ceux qui ont fait des études supérieures plutôt que chez les non diplômés. Tout se passe en fait comme si la propension à voter était fondamentalement liée au fait de détenir une situation sociale stable et confortable qui vient sanctionner une « réussite sociale ».

Les situations d’échec, qu’il s’agisse d’échecs scolaires, professionnels ou personnels, pousseraient au contraire les individus à se désengager politiquement, à se retirer en quelque sorte du jeu politique en constatant qu’il n’apporte de solutions à leurs problèmes.

 

L’observation de la participation électorale à Nanterre vient confirmer ce constat. Les quartiers de Nanterre où l’on vote le moins sont les plus défavorisés socialement. Les caractéristiques de ces quartiers sont celles de la plupart des quartiers populaires en périphérie de métropole :

- un habitat majoritairement composé de grands ensembles HLM
- un revenu moyen assez faible
- un chômage important
- une précarisation accrue des conditions de travail
- une proportion relativement faible de diplômés

 

Précisément, toutes ces caractéristiques sont des déterminants forts du comportement électoral. La concentration d’individus qui vivent des situations sociales difficiles, à qui peu de perspectives sont offertes, et qui ne se reconnaissent plus dans la ou les politiques, ne peuvent que conduire à une abstention massive.

 

Une étude plus approfondie, en confrontant au niveau de chaque bureau de vote le taux de chômage, le niveau de pauvreté, la proportion de diplômés, avec les résultats électoraux et le niveau de participation viendrait sans doute confirmer ce constat. On peut d’ores et déjà remarquer que l’abstention est plus forte dans les cités les plus pauvres de Nanterre :
- Les Pâquerettes et les Canibouts (bureaux de vote 32 et 33)
- Les cités autour de l’avenue Picasso et du boulevard Pesaro (bureau de vote 37)
- Les Fontenelles (bureaux de vote 30 et 31)
- La cité Berthelot (bureau de vote 16 en particulier)

 

Il y a cependant des exceptions, Les Provinces Françaises (bureau de vote 14) ou la cité Zilina (bureaux de vote 9 et 10) où le niveau de participation est plus proche de la moyenne.

Une donnée peut néanmoins permettre de relativiser le mécanisme décrit plus haut : c’est le rôle joué par la socialisation dans le rapport des individus à la politique. La politisation, la propension à s’intéresser à la politique et à s’engager, dont le vote est l’une des manifestations, est le fruit d’une socialisation, c’est-à-dire d’une éducation renforcée au cours de la vie par la fréquentation de personnes elles-mêmes politisées. De ce point de vue là, le premier facteur expliquant le comportement électoral d’un individu est le comportement électoral des proches et, plus spécifiquement, des parents. L’intérêt pour la politique, la conviction qu’il est indispensable ou utile de voter, tout comme les convictions politiques (se reconnaître dans la droite ou la gauche par exemple) sont le plus souvent hérités et entretenus par des réseaux de relations. Cette dernière remarque est décisive si on s’intéresse précisément à la politisation dans les quartiers.

La question qui se pose alors est de savoir si, au sein d’un quartier, il existe ou non une tradition d’engagement politique qui contribue à maintenir un niveau de participation élevé aux élections. Il s’agit des partis mais aussi des syndicats, des associations, des clubs, des églises ou des associations confessionnelles.

On a pu constater sur les dernières décennies un déclin de ces organisations qui servent de relais d’opinion, en particulier des partis et des syndicats. L’exemple de la cité des cosmonautes à la Courneuve analysé par Céline Braconnier et Jean-Yves Dormagen dans La démocratie de l’abstention, est assez éclairant. Ils montrent ainsi que dans ce quartier très pauvre où la participation électorale était élevée, le déclin du Parti Communiste en même temps que la détérioration de la condition ouvrière (fermetures d’usines, précarisation des conditions de travail) ont contribué à détruire les réseaux de relations sociales qui maillaient le quartier et, en fin de compte, conduits à une abstention massive.

Là encore, une compréhension plus fine de ce qui est à l’œuvre dans certains quartiers de Nanterre, passe par une observation de ces réseaux associatifs, militants ou confessionnels.

L’enjeu ou plutôt les enjeux à NANTERRE comme le reste de la France est de savoir comment regagner la confiance des citoyens ? comment faire avec eux ? comment les réconcilier avec la politique ? comment démontrer aux gens que la gauche et la droite sont deux politiques et visions du monde bien différentes? Comment recréer une espérance dans un changement possible ?  Comment élaborer une vraie alternance entre une droite arrogante qui a pris le parti des riches et une partie de la gauche qui a renoncé à changer la donne ? Comment répondre à la fois aux questions du social et de l’environnemental ?
Comment travailler avec les autres forces de la gauche alternative ?
Comment travailler en réseau ? Comment lier le local et le global ?...
Ne pensez-vous pas que la gauche citoyenne peut s’en mêler et prendre part à ce grand chantier ?
Telle serait, en ce qui me concerne, le rôle de la gauche citoyenne. Je reste convaincu que notre force viendra par le degré de notre participation dans la construction d’une gauche radicale, de transformation sociale et écologique. Une gauche capable de déclencher une dynamique populaire, une révolution citoyenne en mettant le peuple au centre de ses préoccupation en faisant avec lui et non pas à sa place. Bien évidement le chantier paraît énorme et la question est comment faire ? J’ai envie de dire commençons par le début et faisons autrement.

 La Gauche Citoyenne est l’affaire de tout le monde.