Contribution de gilles Alfonsi... Imprimer

 

Contribution en vue du CAN de la FASE des 5 et 6 février 2010

 

Un vrai débat pour des avancées

Suite au texte « Où va la FASE ? », nous souhaitons partager quelques éléments de réflexion. Nous passons vite sur ses aspects polémiques pour privilégier le « vrai débat politique » que les auteurs souhaitent à juste titre. Ce débat est largement commencé ; il s’agit de le poursuivre et d’avancer ensemble. Pour notre part, nous ne considérons pas qu’il existe au sein de la FASE deux lignes politiques définitivement « antagoniques », dont une serait maligne, ou avancerait masquée. Rappelons que l’Adresse au Front de gauche a été adopté par consensus au dernier CAN et qu’un travail est engagé sur un texte d’orientation.

Avant d’aborder les enjeux d’alliances, il nous semble important de ne pas oublier dans quel contexte et ce pour quoi nous nous battons. Alors qu’un mouvement de plusieurs millions de personnes vient d’avoir lieu, la « donne » politique semble pour l’essentiel immobile. Contre la logique consistant à déléguer aux appareils politiques la formulation d’une offre en direction des clients-électeurs, nous avons la prétention qu’un tel mouvement devrait se muer en dynamique politique, et contribuer à ce que des rencontres permettent de faire dynamique politique.

Nous savons bien que cette conception est loin de faire sens pour tous, les uns étant tentés de s’en remettre à une future « offre politique », toujours à venir, d'autres  à la « victoire », par défaut, du parti socialiste et de son/sa candidat-e en 2012. Nous cherchons des moyens d‘avancer, en sachant qu’est en jeu une mutation culturelle qui prendra du temps et sera le résultat d’un affrontement entre les logiques délégataires et la démocratie directe. C’est à partir de ces ambitions que nous cherchons à agir dans le paysage réel de la gauche d’alternative, avec ambition mais aussi avec modestie, pour rassembler, faire dynamique politique majoritaire, imprimer pour aujourd’hui et pour l’avenir des éléments de transformation sociale et écologique pour dépasser le capitalisme. 

Concernant le NPA

Que nous ayons pensé que le NPA allait réussir une vraie métamorphose de la LCR ou que nous ayons été d’emblée sceptiques sur cette possibilité, sommes-nous d’accord pour considérer aujourd’hui que le NPA est en train de renoncer à son projet initial d’une force politique large, unitaire ? Il faut bel et bien regretter que son congrès de février risque d’entériner un choix en recul même sur ses options lors des élections régionales. Ce sont les textes mis en débat qui le disent ; ce sont les dirigeants du NPA qui annoncent de fait un repli solitaire ; ce sont les unitaires du NPA, dont les camarades de Convergences et alternative, qui le disent aussi (pour le regretter) ; tout cela même si au niveau local, les situations sont très diverses, et contradictoires.

Cela ne nous conduit pas à renoncer à nos objectifs cardinaux : 

-          la convergence de tout l’arc de la gauche de transformation sociale et écologique, dans les luttes et dans les urnes ;

-          la création d’une grande force de transformation sociale et écologique, avec l’ensemble des sensibilités de la gauche de gauche.

Et cela ne nous conduit pas du tout à renoncer à l’action avec le NPA, y compris comme c’est le cas dans plusieurs départements à l’occasion des élections cantonales.

Concernant le Front de gauche. Le texte « Où va la FASE ? » pose la question de notre rapport au Front de gauche d’une manière absolument classique, à savoir en terme de « ralliement » (rejoindre, adhérer… ou non)[1]. Est-il permis que la FASE pose autrement la problématique de son rapport au Front de gauche ?

La FASE a fait le choix, et c’est cela qui a permis de peser au cours des derniers mois, d’interpeller le Front de gauche sur sa nature et ses formes. Et nous avons précisé qu’à notre sens il doit être autre chose qu’un cartel de partis, qu’un cartel électoral, qu’il doit associer d’autres forces et qu’il doit s’ouvrir à la participation des citoyens. Ces éléments sont-ils secondaires ou importants pour que la dynamique souhaitable, d’une tout autre ampleur que les premiers pas accomplis par le Front de gauche jusqu’à présent, voie le jour ?

 

Comme nous n’avons pas la prétention d’imposer à tous ce que nous pensons nécessaire nous avons écrit : « « Il faut avancer, en sachant que nous n’allons pas cesser d’être nous-mêmes et que nous ne voulons en rien imposer ce que nous estimons juste.». Les deux dimensions, de l’unité et de notre spécificité, sont pour nous indissociables. C’est ainsi que nous voulons faire levier, sans illusionner sur ce que nous sommes et sans s’illusionner sur la capacité de nos partenaires à prendre en compte l’ensemble de nos partis pris. La transformation du « social » en dynamique politique se fera toujours en traversant et en travaillant des contradictions. Nous gagnerions donc à ne pas poser les questions en termes de ralliement mais comme la participation à un processus inévitablement conflictuel, dans le bon sens du terme.

La question n’est pas de considérer que le Front de gauche serait « l’origine », « le centre » ou « le cœur de tout rassemblement », mais juste qu’il est là. Et c'est un fait qu’il n’existe pas d’autres creusets unitaires aujourd’hui. C’est donc avec lui que peut, peut-être, se construire une dynamique unitaire en 2012 (et il ne s’agit pas de « faire plaisir », ou d’ « être l’instrument » de l’une ou l’autre de ses composantes).

Pour la séquence électorale de 2012, un choix inverse serait de nous embourber dans un « ni-ni » (ni NPA, ni Front de gauche) qui reviendrait à accepter que la gauche d’alternative en général, et notre conception de la politique en particulier, soit confinée pour longtemps, dans un espace très marginal et dans l’échec. En ce sens, la critique de l’immobilisme est parfaitement légitime.

Nous sommes pour déplacer le curseur de la vie politique par rapport à la politique institutionnelle, non pour nier l’importance des élections. Il nous semble donc que nous devons être déterminés à être acteurs de la prochaine séquence électorale, en portant nos propres conceptions de la politique.

Sur ce point, il faut souligner que les différentes formations politiques (du NPA au PG, de GU au PCF) sont porteuses de conceptions de la vie politique en partie éloignées de ce que sont nos objectifs politiques d’une révolution démocratique et d’une transformation de la fonction même du politique, et de l’organisation politique. Mais il faut dire aussi qu’elles sont chacune taraudées par ces questions : de fait, les thématiques qui nous sont chères - pour lesquelles nous ne prétendons pas avoir les solutions - sont au cœur des débats entre les militants et rejoignent les préoccupations de nombreux citoyens.

Ayant fait ces constats, nous avons le choix entre cultiver notre jardin dans notre coin, c’est-à-dire renoncer à avoir une politique unitaire forte, ou expérimenter et jouer notre propre partition dans un paysage où l’ancien côtoie le nouveau (faut-il le rappeler : sans que le nouveau que nous appelons de nos vœux soit plus qu’un embryon).

On peut alors discuter de participer à transformer le Front de gauche ou d’en être un partenaire associé mais extérieur, comme cela a été le cas dans certaines régions aux élections régionales.

Première chose : il faut s’interroger sur la place que prend parfois un tel débat dans nos échanges, au détriment en général du sens que nous voulons donner à notre action. Prenons garde à ne pas reproduire les comportements partidaires que nous reprochons aux composantes du Front de gauche.

La vraie question est : par rapport à nos objectifs, notamment à celui de rendre plus parlante, plus entendable, et en définitive plus opérationnelle, la notion de révolution, est-il plus utile et intéressant de participer à égalité à un espace unitaire ou d’en être distant ? Il nous semble plus efficace pour peser sur l’ensemble de la dynamique, et demain sur la conception des campagnes, sans illusion sur un alignement de nos partenaires sur nos conceptions, d’être dans un  cadre de travail commun au PCF, au PG, à GU et à d’autres demain. C’est ne pas y être qui nous mettrait en situation de supplétifs, de force de seconde zone. C’est y être, sans rien renoncer à ce que nous sommes, qui nous donnerait le plus de chance de peser. Et cela va pour nous avec la volonté de la participation directe des citoyens, enjeu majeur aujourd’hui reconnu par tous mais dont les formes restent à inventer.

Deuxième chose : vient la question du nom « Front de gauche », à propos duquel l’évocation d’un « copyright » renvoie à un sens aigu de la propriété privée (qui ne se partage pas), et non seulement à un nom propre. Mais quelle est la chance de rendre lisible au plus grand nombre la différence entre être une force associée au Front de gauche et y participer à égalité avec d’autres ?

Notons que le Front de gauche vient de prendre dans le centre de Paris le nom de « Front de gauche, pour une alternative sociale et écologique » : n’est-ce pas intéressant ? Notons que le PCF évoque ces temps un front « populaire et citoyen ». Et ajoutons que les futures campagnes auront elles-mêmes des intitulés.

Plutôt que d’envisager un affrontement (pour une rupture ?) sur la question du nom « Front de gauche », ne serait-il pas envisageable de réfléchir à la manière dont l’ensemble des composantes marquerait l’élargissement et l’évolution de sa nature et de ses formes, par un évènement significatif ? Car ce dont nous devrions convaincre toutes les composantes du Front, c’est qu’il faut une nouvelle étape, un acte positif, un signal, ce qui contribuerait à dépasser le débat sur « l’ouverture » et « la transformation » du Front de gauche – lui-même incompréhensible aux yeux de beaucoup. 

« A défaut de faire de la politique autrement, faisons au moins de la politique ensemble », est-il écrit en conclusion du texte « Où va la FASE ? ». Au contraire, pour ne pas se résigner à faire de la politique ancienne, et pour en faire ensemble, nous proposons de continuer à explorer toutes les pistes sans croire que les autres sont des adversaires ou que se trament des tactiques instrumentalisées. Il faut un vrai débat pour de vraies avancées.

Le 11 janvier 2011.

Gilles Alfonsi, Jean Brafman

Michèle Kiintz, Pierre Zarka



[1] De son côté, JL Mélenchon écrivait le 24 décembre sur son blog : "(...) Par contre, s’agissant des organisations, il n’y a pas « d’adhésion au Front de Gauche » au sens propre. Si j’ai employé l’expression, c’est à tort. Il n’y a pas de statuts déposés. Peut-être faudra-t-il y penser. Mais pour l’instant ce n’est pas le cas. Peut-être qu’une charte ferait un bon début à condition d’être courte et claire, simple et souple. A ce jour on intègre le Front de Gauche en participant à ses combats communs. Ceux-ci se déterminent chemin faisant." La préparation d’un texte destiné à constituer une base politique a aussi été évoquée par Gauche unitaire. Le PCF vient de confirmer à la délégation de la FASE reçue le 10 janvier qu’il est aussi favorable à la rédaction prochaine d’un tel texte.

. A son propos, les auteurs du texte ne disent pour ainsi dire rien et c’est bien dommage car ses évolutions depuis un an conditionnent nécessairement, en partie, nos choix.